Merci à Jean-Louis Dega pour la contribution ci-dessous concernant la commune de Saint-André-de-Najac, notre voisine aveyronnaise...
Il existe commune de Saint-André-de-Najac, en Aveyron
mais voisine de la commune de Montirat, un bois appelé par la mémoire populaire
« Le Bois del Moussu » c’est-dire en français « Le Bois du
Monsieur ». Il ne s’agit probablement pas de son nom cadastral (encore
faudrait-il le vérifier !) mais du nom usuel donné à ce bois qui jouxte le
ruisseau de Crouquès (ou ruisseau de Granouillet à l’ouest du hameau de ce nom)
par les anciens du coin dont je fais partie. Ce bois a également comme confront
la piste forestière qui a été ouverte il y a une cinquantaine d’années pour
desservir une plantation de pins qui a malheureusement remplacé les forêts de
chênes antérieures.
Qui était ce Moussu ou Moussur dont la mémoire
populaire a conservé le souvenir du titre dont il voulait qu’on
l’appelle ? Nos recherches en archives ont permis d’établir qu’il
s’appelait Antoine Tranier ou Traynier, cette seconde forme du patronyme
correspondant à la prononciation occitane d’alors. Le patronyme Tranier
provient du nom de métier « traginier » signifiant en ancien occitan
transporteur ou muletier.
Cet Antoine Tranier était né le jeudi
14 novembre 1669 au hameau de La Boucarie paroisse de Saint-André en
Rouergue qui ne s’appelait pas encore Saint-André-de-Najac, nom donné en 1926
pour le différencier d’un autre Saint-André en Aveyron et il fut baptisé le
même jour. Il eut comme parrains son frère aîné du même prénom (pratique alors
courante de donner le même prénom à plusieurs enfants vivants et qui fut
prohibée à la fin du XVIIe siècle) et Jeanne Tranier fille d’un voisin, Raymond
Tranier tisserand du hameau. Son frère aîné Arnaud étant destiné à hériter de
la ferme de ses parents, il devint garde-sel pour la gabelle et fut envoyé en
poste à Saugues en Gévaudan, aujourd’hui en Haute-Loire. C’est sans doute dans
cette petite ville ou un village des alentours qu’il connut et épousa en 1691
une gévaudanaise appelée Marguerite Basset. Il en eut plusieurs enfants dont un
fils Antoine baptisé à Saugues le 6 janvier 1696. Cet Antoine fils s’établira
adulte à Bordeaux. Sans doute peu après cette date son frère aîné
Arnaud épousa Jeanne Gaillard veuve sans enfant d’un autre Antoine Tranier du
hameau de la Boucarie et qui avait hérité par testament de la ferme de son
premier mari. Arnaud alla s’établir dans la ferme de son épouse plus importante
que la sienne. C’est donc probablement là la raison qui fit qu’Antoine Tranier
abandonna son emploi de garde-sel à la gabelle (après le temps que cela avait
dû nécessiter pour l’informer) pour revenir à La Boucarie exploiter la ferme
paternelle. Très imbu de sa personne, il demandait qu’on l’appelle Monsieur, en
occitan francisé Moussu. Sachant lire et écrire et ayant des connaissances dans
le domaine du droit, il est qualifié dans les actes le concernant de « praticien »
c’est-à-dire à la campagne une personne apte à fournir une assistance
juridique. Dans les villes un praticien était habituellement un clerc de
notaire. Devenu veuf en 1719, il se remaria en 1729 avec Antoinette Farjounel
native de la paroisse de Najac. Il mourut à l'âge de
66 ans le mercredi 24 octobre 1736 à La Boucarie et
fut inhumé le lendemain dans l’église de Saint-André-de-Najac, honneur réservé
aux personnes d’un certain rang.
Détail amusant : son gendre Jean Verdier qui
avait épousé en 1720 sa fille Marie Tranier fut envoyé pour faux-saunage
(contrebande de sel pour échapper à la gabelle) au bagne de Toulon où il passa
3 ans de 1731 à 1734 (source pour ce détail : site geneanet de
Francis Cazals).
Jean-Louis Dega





