jeudi 13 août 2026

« LE BOIS DEL MOUSSU »

 Merci à Jean-Louis Dega pour la contribution ci-dessous concernant la commune de Saint-André-de-Najac, notre voisine aveyronnaise...


Il existe commune de Saint-André-de-Najac, en Aveyron mais voisine de la commune de Montirat, un bois appelé par la mémoire populaire « Le Bois del Moussu » c’est-dire en français « Le Bois du Monsieur ». Il ne s’agit probablement pas de son nom cadastral (encore faudrait-il le vérifier !) mais du nom usuel donné à ce bois qui jouxte le ruisseau de Crouquès (ou ruisseau de Granouillet à l’ouest du hameau de ce nom) par les anciens du coin dont je fais partie. Ce bois a également comme confront la piste forestière qui a été ouverte il y a une cinquantaine d’années pour desservir une plantation de pins qui a malheureusement remplacé les forêts de chênes antérieures.

Qui était ce Moussu ou Moussur dont la mémoire populaire a conservé le souvenir du titre dont il voulait qu’on l’appelle ? Nos recherches en archives ont permis d’établir qu’il s’appelait Antoine Tranier ou Traynier, cette seconde forme du patronyme correspondant à la prononciation occitane d’alors. Le patronyme Tranier provient du nom de métier « traginier » signifiant en ancien occitan transporteur ou muletier.

Cet Antoine Tranier était né le jeudi 14 novembre 1669 au hameau de La Boucarie paroisse de Saint-André en Rouergue qui ne s’appelait pas encore Saint-André-de-Najac, nom donné en 1926 pour le différencier d’un autre Saint-André en Aveyron et il fut baptisé le même jour. Il eut comme parrains son frère aîné du même prénom (pratique alors courante de donner le même prénom à plusieurs enfants vivants et qui fut prohibée à la fin du XVIIe siècle) et Jeanne Tranier fille d’un voisin, Raymond Tranier tisserand du hameau. Son frère aîné Arnaud étant destiné à hériter de la ferme de ses parents, il devint garde-sel pour la gabelle et fut envoyé en poste à Saugues en Gévaudan, aujourd’hui en Haute-Loire. C’est sans doute dans cette petite ville ou un village des alentours qu’il connut et épousa en 1691 une gévaudanaise appelée Marguerite Basset. Il en eut plusieurs enfants dont un fils Antoine baptisé à Saugues le 6 janvier 1696. Cet Antoine fils s’établira adulte à Bordeaux.  Sans doute peu après cette date son frère aîné Arnaud épousa Jeanne Gaillard veuve sans enfant d’un autre Antoine Tranier du hameau de la Boucarie et qui avait hérité par testament de la ferme de son premier mari. Arnaud alla s’établir dans la ferme de son épouse plus importante que la sienne. C’est donc probablement là la raison qui fit qu’Antoine Tranier abandonna son emploi de garde-sel à la gabelle (après le temps que cela avait dû nécessiter pour l’informer) pour revenir à La Boucarie exploiter la ferme paternelle. Très imbu de sa personne, il demandait qu’on l’appelle Monsieur, en occitan francisé Moussu. Sachant lire et écrire et ayant des connaissances dans le domaine du droit, il est qualifié dans les actes le concernant de « praticien » c’est-à-dire à la campagne une personne apte à fournir une assistance juridique. Dans les villes un praticien était habituellement un clerc de notaire. Devenu veuf en 1719, il se remaria en 1729 avec Antoinette Farjounel native de la paroisse de Najac. Il mourut à l'âge de 66 ans le mercredi 24 octobre 1736 à La Boucarie et fut inhumé le lendemain dans l’église de Saint-André-de-Najac, honneur réservé aux personnes d’un certain rang.

Détail amusant : son gendre Jean Verdier qui avait épousé en 1720 sa fille Marie Tranier fut envoyé pour faux-saunage (contrebande de sel pour échapper à la gabelle) au bagne de Toulon où il passa 3 ans de 1731 à 1734 (source pour ce détail : site geneanet de Francis Cazals).

 

                                                          Jean-Louis Dega


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