lundi 3 août 2026

UN CURÉ DE SAINT-ANDRÉ ÉCRIVAIN OCCITAN

 



Un curé de Saint-André écrivain occitan

par Jean-Louis Dega

 

L’abbé Justin BESSOU naquit commune de Saint-Salvadou, (actuellement Le Bas Ségala en Aveyron entre Villefranche-de-Rouergue et Rieupeyroux) au hameau de Méjalanou en 1845. Il était l’avant dernier enfant d'une famille d’agriculteurs d’aisance moyenne qui en compta neuf. Il se destina à la prêtrise, autant par vocation personnelle que par le souhait de ses parents, et ce dès son plus jeune âge, comme c’était alors fréquent.

Devenu prêtre, sur le conseil de son professeur de rhétorique il publia le recueil en français Merles et Fauvettes, suivi par la suite de Lyres et Guitare, toujours en français.  Il se rendit célèbre avec la publication de son troisième ouvrage "D'al brès a la toumbo" (Du Berceau à la tombe), rédigé entièrement en occitan, appelé alors "patois", la langue quotidienne de la majeure partie des habitants du Rouergue et des provinces voisines et ce afin d'être compris de toute la population. Ce livre magnifie la vie paysanne de son époque sans en masquer les points sombres et a pu être comparé aux Géorgiques de l'écrivain latin Virgile. Il était lors de la publication de cet ouvrage en 1892 curé de Saint-André-de-Najac (village situé à une douzaine de kilomètres de son village natal et limitrophe de la commune de Montirat) ce qu’il fut de 1886 à 1906.  Cette longue épopée rurale de 12 chants d'environ 1500 vers alexandrins lui valut d'être promu majoral du Félibrige en 1902 (c’est-à-dire une haute distinction honorifique pour les écrivains de langue d’oc). 

Il organisa du 7 au 14 septembre 1902 au presbytère de Saint-André-de-Najac une rencontre poétique avec les 3 écrivains majeurs de langue d'oc  de son époque (non compté bien sûr Fréderic Mistral) : Prosper Estieu, Antonin Perbosc et Arsène Vermenouze. Ce dernier, Auvergnat,  était comme lui favorable aux idées cléricales alors que les deux autres qui étaient languedociens, l’un de l’Aude et l’autre du Tarn-et-Garonne, étaient des républicains que nous pourrions qualifier d’« hommes de gauche » mais ces divergences idéologiques n’enlevèrent pas à cette rencontre d’être un grand moment de fraternité poétique occitane.

Il fut l’ami ou le correspondant outre les auteurs déjà cités de Frédéric Mistral, la cantatrice Emma Calvé alors très célèbre, l’écrivain Francis Carco, le général de Curières de Castelnau et de nombreuses autres célébrités de son époque, aveyronnaises ou nationales.

Il écrivit par la suite : Bagateletos (1903), Besucarietos (1906), Countes de la Tata Mannou et Countes de l'Ouncle Janet (1910), Soubenis et Mescladis (1913), Laissous de guerro (1914 /1918, publiés dans le journal de Villefranche-de-Rouergue La Revanche.  Besprados de l'Ouncle Polito fut son dernier livre édité à titre posthume (1923).

Il mourut de la grippe espagnole le 29 octobre 1918 à Villefranche-de-Rouergue où il s’était retiré chez sa nièce et fut inhumé le 31 au cimetière de Saint-Salvadou où il repose toujours.

On peut retrouver dans son œuvre des microtoponymes (noms de champs ou de petits cours d'eau) de la commune de Saint-André-de-Najac ou il fut curé durant 20 ans comme par exemple dans un conte le ruisseau de Margarido (ruisseau appelé autrefois Crouquès ou Courquois par francisation et mentionné souvent désormais sur les cartes comme le ruisseau de Granouillet).

 

Jean-Louis Dega


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