Un curé de Saint-André
écrivain occitan
par Jean-Louis Dega
L’abbé Justin BESSOU
naquit commune de Saint-Salvadou, (actuellement Le Bas Ségala en Aveyron
entre Villefranche-de-Rouergue et Rieupeyroux) au hameau de Méjalanou en 1845.
Il était l’avant dernier enfant d'une famille d’agriculteurs d’aisance moyenne
qui en compta neuf. Il se destina à la prêtrise, autant par vocation
personnelle que par le souhait de ses parents, et ce dès son plus jeune âge,
comme c’était alors fréquent.
Devenu prêtre, sur le
conseil de son professeur de rhétorique il publia le recueil en français Merles
et Fauvettes, suivi par la suite de Lyres et Guitare,
toujours en français. Il se rendit célèbre avec la publication de son
troisième ouvrage "D'al brès a la toumbo" (Du Berceau à la
tombe), rédigé entièrement en occitan, appelé alors
"patois", la langue quotidienne de la majeure partie des habitants du
Rouergue et des provinces voisines et ce afin d'être compris de toute la
population. Ce livre magnifie la vie paysanne de son époque sans en masquer les
points sombres et a pu être comparé aux Géorgiques de
l'écrivain latin Virgile. Il était lors de la publication de cet ouvrage en
1892 curé de Saint-André-de-Najac (village situé à une douzaine de kilomètres
de son village natal et limitrophe de la commune de Montirat) ce qu’il fut de
1886 à 1906. Cette longue épopée rurale de 12 chants d'environ
1500 vers alexandrins lui valut d'être promu majoral du Félibrige en
1902 (c’est-à-dire une haute distinction honorifique pour les écrivains de
langue d’oc).
Il organisa du 7 au 14
septembre 1902 au presbytère de Saint-André-de-Najac une rencontre poétique
avec les 3 écrivains majeurs de langue d'oc de son époque (non
compté bien sûr Fréderic Mistral) : Prosper Estieu, Antonin Perbosc et
Arsène Vermenouze. Ce dernier, Auvergnat, était comme lui favorable
aux idées cléricales alors que les deux autres qui étaient languedociens, l’un
de l’Aude et l’autre du Tarn-et-Garonne, étaient des républicains que nous
pourrions qualifier d’« hommes de gauche » mais ces divergences
idéologiques n’enlevèrent pas à cette rencontre d’être un grand moment de
fraternité poétique occitane.
Il fut l’ami ou le
correspondant outre les auteurs déjà cités de Frédéric Mistral, la cantatrice
Emma Calvé alors très célèbre, l’écrivain Francis Carco, le général de Curières
de Castelnau et de nombreuses autres célébrités de son époque, aveyronnaises ou
nationales.
Il écrivit par la suite
: Bagateletos (1903), Besucarietos (1906), Countes de
la Tata Mannou et Countes de l'Ouncle Janet (1910), Soubenis
et Mescladis (1913), Laissous de guerro (1914 /1918,
publiés dans le journal de Villefranche-de-Rouergue La Revanche. Besprados
de l'Ouncle Polito fut son dernier livre édité à titre posthume
(1923).
Il mourut de la grippe
espagnole le 29 octobre 1918 à Villefranche-de-Rouergue où il s’était retiré
chez sa nièce et fut inhumé le 31 au cimetière de Saint-Salvadou où il repose
toujours.
On peut retrouver dans
son œuvre des microtoponymes (noms de champs ou de petits cours d'eau) de la
commune de Saint-André-de-Najac ou il fut curé durant 20 ans comme par exemple
dans un conte le ruisseau de Margarido (ruisseau appelé
autrefois Crouquès ou Courquois par francisation et mentionné souvent désormais
sur les cartes comme le ruisseau de Granouillet).
Jean-Louis Dega

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